Exemple d'une séance d'hypnose médicale chez un patient souffrant d'apnée du sommeil.


Je déroge aujourd'hui à ma prose habituelle. Me voici plus sérieuse, plus médicale.. car je ne dois pas oublier les fondements de ma formation.

Je vous convie donc par le récit de cette séance à découvrir dans quelle mesure l'hypnose peut être utile à la médecine, et dans ce cas particulier; favoriser l'alliance d'un patient souffrant d'une pathologie chronique, à la mise en place de son traitement.

Malheureusement, je n'étais pas encore formée à l'éducation thérapeutique lorsque cette séance a eu lieu.

Sans nuls doutes, celle-ci eut-elle été enrichie encore si j'avais, à l'époque, bénéficié de la formidable et innovante formation dispensée par l'équipe IPNOSIA . ( Innovante en cela qu'elle aborde l'apport de l'hypnose et de ses outils dans le cadre des programmes en ETP)


Monsieur B, 62 ans, qui était déjà venu consulter pour différents motifs, revient en consultation pour selon lui, symptômes dépressifs.


Je le reçois donc à mon cabinet et lui demande d'exposer lesdits symptômes.

Il exprime alors des troubles du sommeil, une grande fatigabilité, une difficulté à supporter le mouvement, et le fait de ne plus souhaiter aller voir des amis car cela le fatigue "je ne veux plus sortir, parce que tout me fatigue: le bruit, le mouvement, je m'agace d'un rien, je ne parviens pas à me concentrer.. je pense que je suis en pleine dépression..."

Puis subitement, il m'annonce: " Ah, au fait, je ne vous l'ai pas dit: j'ai vu le spécialiste de l'apnée du sommeil, et j'ai fait mes examens. Je fais 42 pauses dans la nuit, mon cerveau ne dort que 2 h par nuit ou n'est oxygéné que 2 h par nuit, je n'ai pas bien compris... je serai appareillé demain.. mais je ne sais pas si je supporterai la machine. "

Je ratifie: "vous me dites donc, que votre cerveau ne dort que 2h par nuit.

Si vous dormiez seulement deux heures par nuit, est ce que vous ne seriez pas fatigué?

-"SI, bien sur"

-"Est ce que vous supporteriez le bruit, les mouvements?

-"Non, j'aurais besoin d'aller dormir.."

Il réalise soudain..."oui, ils m'ont dit que c'était normal que je sois fatigué"

"Ne pensez-vous pas que votre cerveau est un peu en mode "survie"". ne trouvez vous pas normal qu'il se concentre sur des tâches qui vous permettent de vous mouvoir en sécurité, de vous nourrir, mais qu'il fatigue rapidement, tout comme un coeur fatigué qui va conserver les organes les plus importants? Est ce que vous-même si vous étiez conscient d'avoir si peu de repos, vous n'éviteriez pas le bruit, le monde, les mouvements de foule, est-ce que le manque de sommeil ne vous rendrait pas moins tolérant et ne vous empêcherait pas de vous concentrer?"

-"Si, c'est vrai. Ils m'ont dit que la machine allait me donner un sommeil plus réparateur, que je serais beaucoup moins fatigué.. mais je ne sais pas... je ne sais pas si c'est vrai; je ne sais pas si je la supporterai."

(En écrivant ceci je regrette encore un peu plus de n'avoir pas été à l'époque formée à l'ETP..)


Je demande alors à monsieur B ce qu'il faudrait selon lui pour qu'il accepte le mieux possible la machine .

-"Je ne sais pas, ils sont très optimistes sur tout ce qu'elle peut m'apporter; mais j'ai des doutes."

Je le laisse chercher un temps, puis je l'interpelle:

-"Pourquoi êtes-vous venue me voir moi il y a quelques mois plutôt qu'une autre, plutôt qu'une psychologue? Vous ne connaissiez rien à l'hypnose, vous étiez même assez septique; : vous m'aviez dit à l'époque, je ne sais pas si l'hypnose marchera sur moi."

-"C'est vrai, mais je vous connaissais et j'avais confiance en vous!"

-"AH... vous aviez des doutes sur l'hypnose , mais vous aviez suffisamment confiance en moi ?"

-"Oui"

-"Je me demande si on ne tient pas quelque chose?"

-"la confiance?"

-"Qu'en pensez-vous? "

-"C'est vrai, je ne sais pas si je peux avoir confiance en ce que peut m'apporter l'appareillage!"

-"Si vous aviez confiance, serait-ce plus simple?"

-"Indéniablement, mais, ce n'est pas si simple que cela d'avoir confiance."


Je lui propose alors un exercice utilisé en relaxation: dérivé de la cohérence cardiaque.

(outil que j'utilise énormément dans mes séances car il permet non seulement une induction de transe , mais également, un travail sur le thème choisi par le consultant et un ancrage, ainsi qu'un apprentissage à l'autohypnose.)

Je lui propose de choisir un feutre de la couleur qui pour lui ,représente la confiance... il opte pour le bleu.

Je lui demande alors de dessiner un point qui sera le point de départ bas de la branche d'une étoile et dont le tracé devra se terminer par ce point, et lui demande de la tracer suffisamment grande pour inscrire en son centre le mot confiance.

Il s'exécute.

je l'invite alors à déposer le stylo et pointer son index sur le point; à refaire le tracé de l'étoile avec son index.

A inspirer lorsqu'il monte une branche et expirer lorsqu'il la descend,je le laisse faire.. le premier tour est saccadé.

Je lui propose alors de l'accompagner avec ma voix sur un second puis un troisième tracé; et au cours de celui-ci, j'induis le fait que le tracé doit se faire en confiance, de la façon la plus confortable qui soit... que ce n'est pas son index qui doit guider son tracé, mais sa respiration, son besoin; que son poumon doit tracer cette étoile à son rythme, selon son besoin, en toute confiance... au second tracé, j'aperçois des signes de transe; le rythme est plus calme, plus confortable.


Je lui propose ensuite de pointer son index devant lui, et de fermer les yeux, et de retracer ainsi dans cet espace de liberté et de confort son étoile bleue, en toute confiance, malgré le fait que des évènements pourraient survenir, et que ma voix peut continuer à guider ce tracé qui s'inscrit dans une confiance qui s'approfondir encore.. je crée avec mon doigt des surprises sur le tracé de son index, et malgré les évènements, il peut continuer son tracé et sa respiration en confiance, même si des évènements extérieurs survenaient, il a cette aptitude, cette capacité, cette confiance en son tracé, ce tracé sur ce souffle qui se fait de plus en plus confortable, de plus en plus confiant, cette confiance qui s'instille dans chaque partie de son être de son cerveau à ses pieds, de ses poumons à son cerveau, à son coeur, à l'ensemble de son corps et qui autorise cette respiration confiante.

Je l'invite sans ouvrir les yeux, à baisser son bras et à continuer à respirer sur son étoile qui va à présent se graver derrière ses paupières, son étoile de la confiance qui respire , ses paupières qui inspirent et expirent en confiance, en confiance dans cet apport extérieur, tout comme il a confiance en ma voix, et cet air qu'il inspire et expire; avoir confiance en ce nouveau souffle, en ce nouvel apport , en cette nouvelle aide; ce point de départ, comme une première respiration qui se fera demain avec cet appareil, comme ce premier souffle dans cette nouvelle vie qui sera plus reposante, plus pleine d'énergie.

Ce point de départ qui dans son souffle confiant le guide vers son objectif de mieux être, de mieux se détendre, de mieux dormir, de mieux trouver ses ressources, mieux se reposer, mieux respirer, mieux alimenter son cerveau dans cette respiration plus efficace, plus sereine, plus confiante.

Cette confiance en ses nuits, en cette respiration qui se fera sans crainte.. tout en confiance, tout en confort. Cette confiance en ces nuits, en ce nouveau souffle, en ce souffle qui va et vient comme le souffle de cette machine, à son rythme, à son besoin., au besoin de son cerveau, de son corps. Ce souffle, cette confiance qu'il pourra retrouver aussi facilement qu'à partir d'ici et maintenant et un peu plus chaque jour, il prendra une inspiration et ainsi dessinera derrière ses paupières cette étoile de la confiance qui reproduira cet état de confort, de respiration sereine et confiante.

Je l'invite alors doucement à revenir à son rythme.

Je lui demande ensuite d'accrocher son étoile dans sa chambre de façon à ce qu'il la voie et puisse reproduire cette séance à son domicile et notamment le soir, au coucher, avec sa machine.

Le surlendemain, monsieur B m'a téléphoné pour me dire que sa première nuit avec son appareillage s'était très bien passée.


A 3 semaines, il m'a rappelée pour me donner de ses nouvelles: il ne faisait plus que 2 pauses respiratoires par nuit, était moins fatigué, moins irritable, et recommençait à voir ses amis.


Aujourd'hui, je reviens sur cette séance, sur l'utilisation de cet outil forte de ma nouvelle formation: j'approfondirais mon anamnèse sur les ressentis de mon consultant, j'aurais également certainement questionné ses projets de vie: son célibat, ses projets de rencontrer une femme, les freins que pouvaient représenter l'appareillage dans ses projets, j'aurais certainement inclus tout cela dans mon bilan afin que la séance soit encore plus à sa mesure.


Qu'il est bon d'apprendre un peu plus chaque jour....


A très bientôt pour de nouveaux apprentissages!




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