Compte rendu d'une séance d'hypnose médicale:motif de consultation: Angoisse des soins médicaux


Mêlant à présent de plus en plus naturellement les outils de l'éducation Thérapeutique du Patient à mes séances d'hypnose afin d'approfondir l'anamnèse et d'optimiser les outils hypnotiques .

je vous propose ici le compte rendu de la séance de la petite M, 4ans et demi.


Sa maman , infirmière vient accompagné de M, plutôt réservée et timide.



"j'ai besoin de vous pour aider M dans les soins médicaux. "

lorsque je l'interroge sur sa grossesse et le passé médical de M:

"Nous étions mon mari et moi même infirmiers libéraux; et ne me suis arrêtée que le jour de l'accouchement en urgence, mon mari n'a pas pu m'accompagner à l'hôpital car il devait prendre le relais de ma tournée; aucun remplaçant n'ayant accepté de prendre ma place au pied levé. J'ai, depuis quitté le libéral pour travailler en crèche. Mon mari, lui travaille toujours en tant qu'infirmier libéral.

Dés sa première semaine de vie, M a été hospitalisée: elle faisait des bronchites à répétition, il y a eu beaucoup de soins médicaux et beaucoup d'hospitalisation, beaucoup de perfusions et prises de sang.

Jusque là, tout s'est toujours bien déroulé.. jusqu'a sa dernière hospitalisation.

Elle qui est une enfant très calme, elle est à présent hypertendue, elle panique à l'idée d'une prochaine prise de sang prévue dans 3 semaines, même se faire examiner par le médecin est compliqué."

Je l'invite alors à m'expliquer le contexte de la dernière hospitalisation:

"On a diagnostiqué une mononucléose... et le soir, la fièvre ne descendait pas malgré l'alternance des antipyrétiques et les mesures de refroidissement. J'ai donc commencé à avoir très peur, M devenait atone... je l'ai emmenée aux urgences..."

Je ratifie: je comprends que vous ayez eu peur: "oui, j'ai été extrêmement angoissée, j'ai paniqué. A l'hôpital ils ont très bien géré, ils ont été très humain. J'ai paniqué... A l'hôpital, ils ont fait une prise de sang qui a montré que M souffrait d'une déficience immunitaire... ils lui ont donc refait l'ensemble des vaccins qu'elle a eu depuis sa naissance.

Elle doit faire une prise de sang dans trois semaines afin de s'assurer que son immunisation s'est refaite, mais l'appréhension des soins et notamment des piqûres est à présent énorme, on est obligé de la contenir... mais je ne veux pas qu'elle vive cela de cette façon... ce n'est pas possible , ça la traumatise encore plus. "


"Entendu, donc si j'ai bien compris, jusqu'à cette hospitalisation, M n'avait aucun problème avec les soins médicaux.. c'est bien cela? "

-"tout a fait, depuis, c'est devenu très compliqué..; et surtout les prises de sang et injections.."


M n'a pas quitté les genoux de sa maman ni son doudou.


Je propose alors à M et sa maman que nous nous asseyions par terre.. je prends un plaid , et les invite à faire comme si nous allions faire un pique-nique.

M a naturellement lâché sa maman pour s'asseoir par terre avec nous. Elle trouve sa place dans l'espace du plaid.

Je propose alors à M les cartes créatives de Lise Bartoli.

Je dispose tout d'abord les cartes du problème du héros...M, très naturellement saisit la carte qui illustre la peur, elle choisit ensuite la carte du héros de son histoire, celle de son allié: elle se précipite sur l'image de la licorne: "je fais du cheval".. sa maman enchaine : "elle est vraiment surprenante, elle les monte avec une confiance en elle, et un aplomb sensationnel et de son objet magique... Elle me raconte alors l'histoire de la petite fée qui a eu très peur, et puis encore plus peur, tellement peur parce que sa maman aussi avait si peur, et que la licorne magique pourrait sauver et l'objet magique qu'elle dégote ressemble étonamment à son doudou...


Afin d'évaluer pleinement la peur de M, je l'invite à l'exercice du portrait magique.

"si ta peur était une forme.. ce serait laquelle??? "un carré...

je me munis d'une feuille et de feutres et lui demande de choisir la couleur de ce carré.. vert me dit elle, elle choisit mon feutre vert foncé.

je l'invite me montrer sa taille entre ses mains: "je peux pas, il est trop gros me dit elle"... entendu.. .. "est ce que tu serais d'accord pour te lever avec moi et pour voir à quel endroit de la pièce nous serions assez loin pour que ta peur devienne assez petite pour que tu puisse la prendre entre tes mains..."

elle se lève avec moi, regarde naturellement le tapis, fait des pas pour s'éloigner, se retourne, regarde a nouveau le tapis... puis me montre ses mains entre-ouvertes... là, il est comme ça...

"ok, génial.. il est déjà plus petit n'est ce pas.. c'est génial."

Elle confirme d'un hochement de tête, et le sourire au lèvres...

je l'invite a revenir avec nous sur le tapis avec son carré entre les mains.

"il est comment ce carré? Plutôt lourd ou léger?:

-Lourd

Et comment il fait dans ton corps? Il serre mon coeur et ça fait battre vite et j'entends mes poumons, j'ai peur qu'ils respirent pas bien; TU veux dire que tu as peur de ne pas arriver a bien respirer? OUi et j'ai peur qu'ils m'apportent pas assez d'air.


Elle sentirait quoi cette peur? " le caca de nez".. j'essaie de savoir si les odeurs hospitalières ne l'effraient pas.. elle me confirme que non. Je lui demande alors s'il y a des odeurs qui la rassurent.. le parfum de doudou... je lui demande alors si je peux sentir doudou"oui, il sent maman.. le parfum de maman"

Si cette peur avait un gout "comme un caca de nez; même si j'ai pas la même chose, quand je retourne à l'hôpital, ben le gout de caca de nez il revient."

sa maman confirme qu'elle se plaignait du goût et de l'odeur dans sa bouche lors de la "mononucléose et qu'effectivement, cela sentait pas bon."

si c'était un anomal: des fourmis rouges

est ce qu'il serait chaud ou froid ce carré??? je sais pas... et si tu le mettais dans tes mains??? "il serait trop chaud"

Et si c'était une musique??? si tu mettais ton carré près de ton oreil, quel bruit il ferait.. là, elle se met à faire ls bruits des alarmes hospitalières.

J'invite alors M à me dessiner son carré...

je lui demande comment il est quand on le prend entre les mains? Rugueux, lisse, doux?? "il pique, il a des piquants... elle les dessine sur son carré.

je lui demande alors, comment on pourrait faire si on voulait le prendre entre nos mains pour le retirer.

Elle lui dessine des poignées...


je demande ensuite à M quelle serait la forme qui pourrait la rassurer. Uun cheval.. et d'elle même, elle enchaine: marron avec la crinière jaune, avec l'odeur de maman, et puis ,il faudrait qu'il fasse tagada, tagada.. je l'invite alors à se mettre assise et à essayer de trouver un rythme au tagada, quelle pourrait accorder au rythme de son coeur et de sa respiration, et que peut-être , dans un premier temps, elle pourrait trouver dans un mouvement ou un bercement du corps .

M se met alors a se balancer d'avant en arrière, et alors qu'elle se berce, elle entonne des tagada.. tagdada... de plus en plus lents, avec ses yeux qui recherchent sur le côté, , en elle-même, cette respiration et ce battement rassurant. et pendant qu'elle fait ceci, je lui demande également de laisser son cerveau écouter mes doigts qui claquent de droite à gauche autour de ses oreilles... (je glisse un peu de RITMO ) et qui entend.. je suis en sécurité... et je l'invite à ancrer dans ses inspirations, dans son rythme..à trois inspire "je suis en sécurité".; et à laisser sortir le reste pour que son coeur et sa respiration se sentent en sécurité à ce rythme...

Nous avons dessiné le cheval.. .

La maman de M dit qu'elle va se mettre en quête du même en peluche, sur lequel elle mettra son parfum.`

Je verifie que M se sent suffisament en sécurité à présent pour sasir entre ses mains son carré de la peur. Elle acquièsce.

Je l'encourage: ouah, génial!!

`

-"Et que voudrais tu en faire à présent?

-Le jeter dans une grosse poubelle...

-Veux tu que ce soit toi ou moi qui la jette?

-MOi!! réponds t'elle et toi tu refermeras le couvercle..."


Nous nous mettons d'accord sur la marche a suivre.. alors M mime qu'elle saisit sa peur par les hanses du carré, elle se lève, en pèse le poids, e secoue prés de son oreille, puis d'un regard entendu et le sourire au lèvre ouvre la marche vers la poubelle comme si elle portait un plateau... elle invite maman à jeter sa peur elle aussi..

Sa maman acquiesce.


Je me mets sur le coté du container pour en ouvrir le couvercle, dans un grand mouvement, avec bien entendu, l'élan nécessaire à la hauteur du container, et au poids de sa peur, M, balance son chargement dedans...

je ratifie..;

"et pour ne plus sentir son odeur.. je ferme vite le couvercle?" Elle confirme d'un signe de tête très affirmé!

Elle regarde sa maman et lui confirme "Ca y est j'ai plus peur maman!"

L'enfant et sa maman apprendront à faire la RITMO afin de la pratiquer jusqu'a la prochaine prise de sang, quitte a l'utiliser pendant celle-ci; mais également à reproduire le tagada qui respire au rythme du coeur qui rassure.


Quelques semaines plus tard, je recevais un message de la maman de M m'annonçant. :

Que la prise de sang avait été faite, l'appréhension avait été moindre, mais qu'il lui semblait qu'il fallait encore travailler sur l'aiguille.


Il semblait important de commencer par gérer cette peur ancrée dans l'esprit de M en premier lieu. Compte tenu de l'âge de M, il aurait été compliqué de faire une séance plus longue que celle que nous avons faite.

La prochaine séance portera surement sur la Bélonéphobie (peur de l'aiguille) et sur le fait de créer des outils que maman et M pourront utiliser lors des soins (mettre la tension ou l'attention dans autre chose, un autre endroit du corps, exercices de défocalisation, etc...)

Peut être serait il envisageable d'être présente lors de la prochaine injection ou prise de sang, pour, grâce aux outils hypnotiques de focalisation ou défocalisation, permettre une expérience différente; mais également , donner des outils aux soignants qu'ils pourraient mettre en pratique durant les soins invasifs.


Imaginez les outils hypnotiques mis en place dans chaque service hospitalier: diminution de l'angoisse, défocalisation, diminution de la mémoire douloureuse ou de la mémoire du trauma, prévention du traumatisme anxiogène avec utilisations d'outils dans l'urgence.... ce ne sont que quelques exemples. La liste est longue.



A très bientôt pour un nouveau récit.

Fleur Parise




53 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout